Un livret A séduisant, une assurance vie à la peine, une retraite de plus en plus lointaine et préoccupante. Retour sur les évolutions et les grandes tendances de 2011 en matière d'épargne.
L'année 2011 aura d'abord vu le livret A retrouver les faveurs des épargnants. De janvier à octobre, la collecte n'a cessé d'être positive, pour atteindre 16,58 milliards d'euros cumulés, avant de subir une légère décollecte en novembre, sans doute liée aux fêtes de fin d'année.
Les deux revalorisations des taux de l'épargne réglementée, intervenues en cours d'année, ont naturellement contribué à l'attrait des livrets défiscalisés. Ainsi, le livret A et le livret de développement durable (LDD) ont vu leur taux de rémunération passer de 1,75% à 2% au 1er février, puis 2,25% au 1er août. De quoi rivaliser avec de nombreux comptes sur livret, mais aussi avec les contrats d'assurance vie les moins performants.
Parmi les produits d'épargne réglementés, le plan épargne logement (PEL) a fait l'objet d'une réforme pour les plans ouverts à compter du 1er mars 2011. Celle-ci fixe notamment un taux plancher de 2,50% et une durée de détention maximale de 15 ans, au terme de laquelle le plan se transforme en livret classique. Le versement de la prime d'Etat est désormais conditionné à la souscription d'un prêt minimum de 5.000 euros.
Comme toujours, les particuliers désireux de bénéficier d'un placement sans risque à des taux concurrentiels ont pu trouver leur bonheur, en 2011 du côté des offres promotionnelles des super-livrets des banques en ligne. Ces placements, réservés la plupart du temps aux nouveaux souscripteurs et pour des durées et montants limitées, ont pu offrir jusqu'à 6% brut sur plusieurs mois. Ce fut le cas notamment, en cette fin d'année, du livret Barclays Premier Life, du Compte épargne Tookam ou encore de Monabanq, qui a reconduit pour la troisième fois son expérience originale de taux évolutif (plus il y a de souscripteurs, plus le taux augmente).
Si l'assurance vie a été relativement épargnée, dans le contexte de chasse aux niches fiscales, par la réforme de la fiscalité du patrimoine, 2011 restera une année morose pour le prétendu "placement préféré des Français". Elle avait débuté par des annonces de taux de rendement des fonds en euros en baisse par rapport à l'année précédente. Selon la FFSA, la moyenne des taux de rendement servis sur 2010 s'établira finalement à 3,40% contre 3,70% pour 2009. Elle s'achève, à l'heure où nous écrivons ces lignes, par trois mois consécutifs de collecte nette négative (retraits supérieurs aux dépôts, du jamais vu jusqu'à présent), et par une décollecte record de 3,2 milliards d'euros en novembre 2011.
A noter aussi que le Sénat vient d'adopter dans le cadre du projet de loi Lefebvre renforçant les droits, la protection et l'information des consommateurs, un amendement relatif aux contrats d’assurance vie non réclamés. Si cet amendement devait être confirmé en seconde lecture début 2012 par l'Assemblée nationale, les assureurs devront redoubler d'efforts pour identifier les bénéficiaires des contrats en déshérence. Entre 1 et 5 milliards d'euros seraient actuellement dans la nature...
L'actualité retraite a été marquée par la confirmation du passage progressif de l'âge légal de la retraite de 60 à 62 ans, finalement avancé à 2017 au lieu de 2018 dans le budget 2012 de la Sécurité sociale. Mais aussi par l'allongement de la durée de cotisation à 41,5 ans à partir de la génération 1955. De nombreux sondages auront par ailleurs confirmé l'inquiétude des Français vis-à-vis de la retraite. Pour autant, s'ils en ressentent le besoin, les Français sont encore peu nombreux à la préparer financièrement. L'épargne individuelle via le Perp concernait à peine 10% des salariés actifs début 2011, et les Français privilégient nettement l'épargne entreprise.
Côté produits, 2011 aura vu l'apparition de nouveaux supports d'épargne. Avec Solution Libre Retraite, la Caisse d'épargne propose un placement sur 6 à 16 ans, destiné à la préparation de la retraite et appuyé sur des comptes à terme (la rémunération est connue à l'avance et le capital garanti).
En assurance vie, signalons l'arrivée comme nouvel acteur sur le marché de Cetelem, le spécialiste du crédit à la consommation. A l'examen, l'offre assurance-vie-selon-cetelem">Cetelem souffre toutefois de la comparaison avec des contrats moins onéreux, comme le nouveau contrat Must-Epargne, en ligne et sans frais. Afin de faciliter la transmission d'un patrimoine, Réunica et la Bred Banque populaire (Filio) ont sorti chacun un contrat d'assurance vie intergénérationnelle. Et pendant ce temps, Altaprofits jouait l'innovation avec Titres@Vie, un contrat permettant de souscrire des actions en direct.
Pour une épargne de plus court terme, BNP Paribas a renouvelé son offre avec une gamme épargne composée de quatre produits associant comptes à terme, FCP, plan épargne logement et fonds garanti à l'échéance. L'établissement propose également un compte épargne vacances en partenariat avec l'opérateur Voyages-sncf.com. Quant à la banque en ligne Monabanq, elle s'est associée à la mutuelle Vauban Humanis pour imaginer un compte Epargne Santé : à chaque remboursement de la mutuelle, le livret d'épargne est alimenté d'autant.
Enfin, les épargnants frileux à l'égard des marchés boursiers ou des établissements bancaires pourront toujours faire un tour à la cave. Patriwine propose en effet une manière originale de placer ses économies, dans de bonnes bouteilles de grands crus du Bordelais.
Pour en finir avec les nouveautés, il convient de mentionner la sortie d'applications mobiles dédiées à l'épargne solidaire à la Carac ou à l'épargne salariale, au Crédit agricole et chez Natixis. Même la Cnav s'est fendue d'une application Iphone pour informer les jeunes actifs sur leurs droits à la retraite.
En 2011, les Français ont particulièrement boudé les produits risqués, privilégiant les placements sécurisés et fuyant la Bourse et les marchés financiers. S'ils sont nombreux à vouloir donner un sens à leur épargne, rares sont encore ceux qui connaissent et choisissent l'investissement socialement responsable (ISR). Globalement, les Français nourrissent vis-à-vis des placements financiers un sentiment d'incompétence, révélé par un sondage édifiant sur la culture financière des Français.
A l'aube d'une année 2012 placée sous le signe de la rigueur, quelques certitudes ou quasi-certitudes semblent déjà se dégager. Les rendements 2011 des fonds en euros des contrats d'assurance vie seront en baisse. Les premières annonces (Axa, Carac, Mutavie) font état d'une légère baisse ou, au mieux, d'une stabilité des taux, mais elles devraient être suivies d'autres plus décevantes. En moyenne, le cabinet Optimind estime que les taux de rendement servis sur 2011 se situeront entre 2,8% et 3%, contre 3,40% pour 2010. En cause, la crise des dettes souveraines qui a entraîné une décote de 50% sur les emprunts grecs et la recherche par les assureurs de titres obligataires plus sûrs, synonymes de coupons plus faibles.
Petit lot de consolation : si le niveau de l'inflation (+2,4% novembre 2011 par rapport à 2010) devait se maintenir en décembre 2011, le livret A pourrait connaître une nouvelle revalorisation, à 2,5% voire 2,75% au 1er février 2012.
Le taux du PEL, lui, n'évoluera pas. Il vient d'être fixé à 2,50%, son taux actuel, pour l'année 2012.
Pour le reste, le désir mais surtout la capacité d'épargne des Français dépendront beaucoup de la conjoncture, pour le moins incertaine.